Epilogue : Retour d’expédition
L’aphorisme de FLAUBERT selon lequel "la bêtise consiste à vouloir conclure" semble tout indiqué en l’occurrence, dans la mesure où, au terme de la reconsidération archéologique des interactions du sanitaire et du sociétaire, le devenir de l’Humanité et de la nature apparaît plus ouvert que jamais.
Il est certes loisible de se bercer de mièvreries philosophiques et, cédant à l’aveuglement idéologique, qui consiste à voir dans l’implosion soviétique un triomphe du MPC, comme au défaitisme idéologique, qui condamne le principe d’idéalisme sous prétexte qu’il ne saurait être question de réaliser le bonheur des peuples malgré eux, croire que toutes les sociocultures évoluent désormais vers la démocratie libérale, forme idéale de gouvernement humain, stade ultime de la marche de l’Histoire et consécration du "dernier homme", pétri de liberté et d’égalité politiques et économiques, à travers une stabilité mettant fin aux rêves de puissance et aux menaces de conflictualité, en ce que l’action conjuguée de la science moderne –dont la logique conduit à la satisfaction des désirs au terme d’un processus économique rationnel d’accumulation sans limites– et de la lutte pour la reconnaissance –moteur véritable de l’Histoire– aboutit à la chute inexorable des tyrannies (FUKUYAMA, 1992, O-AS). Cette posture n’est d’ailleurs pas pour déconcerter outre mesure puisque, tout comme les idéologies dominantes qui l’ont précédée, celle de la parenté au stade communautaire et celle de la religion au stade tributaire, l’idéologie capitaliste prétend à son tour incarner le stade achevé de l’Huma : pour aspirer à l’éternité, elle se situe dans une dimension conservatrice transhistorique. Toutefois, sauf à déposséder l’ÊTRE HUMAIN de la moindre conscience agissante, il n’en demeure pas moins plausible de se situer résolument dans une perspective sociohistorique progressiste. Force alors est de constater qu’au terme de l’embardée historique du XXe siècle, une époque pleine de fureur mais vide de sens, l’Humanité paraît avoir perdu non seulement les principes qui l’enracinaient dans le passé mais encore les certitudes qui la projetaient vers l’avenir. Le progrès n’étant garanti par aucune loi de l’Histoire, le devenir est à jamais problématisé. La crise du développement reste universelle dans la mesure où, en dépit sinon à cause de son développement technoscientifique, le C demeure moralement, intellectuellement et affectivement archaïque. D’une certaine manière, la civilisation moderne en est toujours au stade de la préhistoire de l’esprit humain, à l’âge de fer planétaire (MORIN et BOCCHI, 1991, O-E). Cette polycrise radicale présente du moins l’avantage de pointer la nécessité absolue d’un recommencement, car le mûrissement éthique ayant accompagné la phase d’accumulation du mode de production capitaliste achevé aura préparé le futur et inéluctable dépassement de ce système.
Convaincue que "au déclin de toute civilisation, l’angoisse de l’ÊTRE HUMAIN s’achève en pensée pure, délivrée de toute croyance et de toute illusion, qui n’attend ni ne craint plus rien" (KAZANTZAKI), l’Humanité saura-t-elle initier la mutation qui offrira la possibilité d’un tel dépassement ? Plutôt que la fin de l’Histoire, n’est-ce pas le crépuscule de la préhistoire qui, se retirant comme à regret, annonce l’aube d’un nouveau paradigme écologisé de l’Histoire. Mettant à profit la complexité de la nature et de la pensée, cette conception s’ingéniera-t-elle à inventer pour le genre humain une demeure commune ? Bien que et parce que prométhéen, le projet du développement durable parviendra-t-il, frayant avec la Conscience humaine, à se frayer un long périple parmi la frêle harmonie de la Biosphère ?
Encore faudrait-il commencer par envisager, en prélude à ce dessein, de redynamiser le discours écoq. Extirper de celui-ci sa sclérose implique, d’une part, une redéfinition rétrospective de la science économique (section 1), d’autre part, sa refondation prospective (section 2).
Sous Rubriques
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